2050 constituait jusqu’ici l’horizon commun des différents travaux de prospective énergétique (Futurs énergétiques, Transition ADEME). L’heure est désormais à dessiner la trajectoire pour 2030 et à préciser les choix nécessaires pour arriver à cet horizon intégralement décarboné.

L’objectif rehaussé au niveau européen (« Fit for 55 ») n’est sans doute pas pour rien dans l’accélération du calendrier : les émissions de GES de l’Europe doivent baisser d’au moins 55% d’ici 2030. Un véritable défi qui signifie qu’en France, « nous devons aujourd’hui réussir à faire davantage en 7 ans que ce que nous avons fait ces 33 dernières années ».

Parmi les sujets clés, la méthodologie à adopter pour assurer la décarbonation de la chaleur dans le bâtiment demeure une question épineuse. Les discussions au niveau européen (directives EED et EPBD) traduisent des hésitations quant à l’approche à adopter pour décarboner ce secteur. L’accélération est requise à la fois sur la rénovation énergétique et sur l’électrification de nos usages. Pour autant, décarboner implique-t-il nécessairement d’interdire complètement les équipements de chauffage au gaz ? Est-ce compatible avec ce calendrier serré ?

 

 

Entre interdiction complète[1], et obligation de décarbonation progressive de l’énergie, la situation des 11 millions de clients chauffés au gaz reste entière.

L’Allemagne nous aide-t-elle à entrevoir une solution ?

En matière de transition écologique, il est de coutume de regarder au-delà du Rhin, où là aussi la décarbonation de la chaleur s’est trouvée à l’agenda cet été.

Initialement le gouvernement allemand envisageait une interdiction rapide du gaz qui s’est trouvée être vivement critiquée. Finalement, c’est une obligation d’alimenter les nouveaux appareils de chauffage avec 65% d’énergie renouvelable minimum (à partir de 2024) qui s’est imposée. Au-delà, l’Allemagne vise une décarbonation complète du chauffage d’ici 2045.

C’est donc une mesure progressive qui a prévalu et qui se concentre sur la décarbonation des vecteurs énergétiques plutôt que sur l’interdiction de certains équipements. Une approche que l’on retrouve en France dans une proposition de loi déposée en juillet 2023 qui souhaite aussi conditionner l’usage des équipements à une incorporation de gaz renouvelables.

Une telle mesure limiterait les besoins de renouvellement des équipements de chauffage pour les usagers, dans un contexte où la préservation du pouvoir d’achat des ménages compte particulièrement.

Les gaz renouvelables pour accompagner la décarbonation du chauffage

Cette approche – impliquant de conditionner l’usage des équipements à une part de gaz renouvelable – est soutenue par la filière qui se réfère à la trajectoire de décarbonation du gaz : 20% de gaz renouvelables et bas carbone en 2030 et 100% en 2050. Une trajectoire ambitieuse qui devra néanmoins rassurer sur la disponibilité de la biomasse.

Le biométhane devrait trouver un relais de croissance avec les Certificats de production de biométhane (CPB), un mécanisme extra-budgétaire très attendu par la filière, qui est sur le point d’être mis en place. Doit-on entrevoir dans cette obligation d’incorporation de biométhane faite aux fournisseurs une volonté du gouvernement de renouer avec le biométhane ?

Quoiqu’il en soit, le maintien d’un socle de clients chauffés au gaz devrait continuer d’accompagner l’évolution du parc de bâtiments, en parallèle de la progression rapide des pompes à chaleur dans le parc français. L’exécutif a en effet évoqué récemment l’objectif, d’ici à 2027, de produire 1 million d’appareils par an sur le territoire français, soit un triplement de la production.

Finalement en se consacrant à un soutien important aux pompes à chaleur, le gouvernement semble à ce stade plutôt opter pour une politique de dissuasion de l’utilisation du gaz, via une approche fiscale, plutôt qu’une interdiction complète.

 

 

La rénovation, un gisement de gains de sobriété crucial pour l’atteinte des objectifs climatiques et le bouclage du système

La décarbonation du bâtiment est intimement liée avec la rénovation énergétique et la France peine à être au rendez-vous. Le nombre de rénovations complètes équivalents réalisées en 2022 est très inférieur à la trajectoire prévue pour la SNBC sur la période 2015-2030, d’après le HCC.

La rénovation énergétique est d’autant plus cruciale qu’elle dépasse les seuls enjeux du bâtiment. Dans un récent rapport de l’Assemblée nationale (octobre 2023), on peut en effet identifier que se cache derrière la question du bâtiment, celle de la disponibilité et de l’allocation de l’énergie décarbonée.

Le rapport souligne que : « faire de la réduction de la consommation d’électricité un enjeu structurant de la rénovation énergétique permettra d’alléger les tensions pesant sur le réseau et l’approvisionnement en électricité et d’affecter cette ressource à d’autres besoins, dans un contexte où les enjeux de bouclage production/consommation sont déterminants pour répondre à nos besoins en électricité à l’horizon 2035, qui vont s’avérer beaucoup plus importants pour répondre à nos objectifs de décarbonation ».

La mise en place d’un scénario de décarbonation de la chaleur par les énergies renouvelables thermiques pourrait permettre d’engager la transition de l’ensemble des secteurs en s’appuyant sur les différentes énergies bas carbone et en recherchant les meilleures allocation selon les usages.

Pour en savoir plus sur la décarbonation du secteur du bâtiment, vous pouvez lire notre article « Le secteur du bâtiment, point chaud du système énergétique ? »


[1] comme pour le fioul, équipements interdits au renouvellement depuis 2020